Category: Livres,Romans et littérature,Littérature russe
Le conte de la lune non éteinte Details
Publié en 1926 dans la célèbre revue littéraire Novy Mir, ce petit texte d'une grande originalité stylistique a été immédiatement perçu comme un brûlot. Il raconte, dans un style cinématographique et saccadé, l'histoire d'un commandant de l'armée Rouge que les autorités obligent à se faire opérer d'un ulcère, et qui meurt sur la table d'opération. Bien que l'auteur se fût à l'époque défendu d'avoir tiré son sujet de la réalité, tout le monde reconnut dans le personnage principal Frounze, héros de la guerre civile et commissaire du peuple, mort dans les mêmes conditions, et dans le personnage sans nom qui l'oblige à cette opération funeste, Staline qui était alors en train de s'emparer du pouvoir. Ce récit qualifié de «contre-révolutionnaire et calomnieux à l'encontre du Comité central et du Parti» et immédiatement censuré (tous les numéros de la revue déjà en circulation furent confisqués et détruits) est l'un des premiers textes littéraires à décrire de l'intérieur la machine infernale de la révolution broyant peu à peu ses enfants, et à réfléchir sur la fuite en avant que provoque le déchaînement de forces incontrôlables. Mais ce n'est pas là son seul intérêt. Sa puissance presque hallucinatoire tient avant tout à ses qualités littéraires et à son incroyable modernité : nous voyons défiler une succession de faits et d'images sur lesquelles se focalise, avec la froideur et la précision d'une caméra, le regard d'une lune affolée qui assiste aux actes étranges des hommes dans une ville-machine parcourue d'automobiles folles. L'auteur : Boris Pilniak, de son vrai nom Vogau (1894-1937), est l'auteur d'un grand nombre de nouvelles, de récits de voyages (entre autres au Japon et au Spitzberg). Ses livres les plus connus sont L 'Année nue, une sorte de collage extrêmement moderne constitué de textes sur la révolution, et L'Acajou, dont la publication en Occident en 1929 lui valut de faire l'objet d'une violente campagne de presse dont Zamiatine, l'auteur de Noms autres, fit également les frais. Ce texte, paru en français aux éditions Champ libre en 1972, était épuisé depuis des années.

Reviews
"Conte de la lune non éteinte" laisse le lecteur convaincu que les circonstances dans lesquelles est mort le « commandant de l'armée », héros de l'histoire, correspondent aux circonstances et faits réels qui ont entouré la mort du camarade Frounzé. Pareille représentation d'un événement profondément affligeant et tragique constitue non seulement une falsification extrêmement grossière et injurieuse pour la mémoire du camarade Frounzé, mais aussi une calomnie délibérée de notre parti communiste bolchevik...A Voronski, Lettre à la rédaction de Novyï MirIl me paraît nécessaire de déclarer, en rétablissant les circonstances de l'écriture de ce récit, que n'ayant pas tenu compte des circonstances extérieures, je ne m'attendais nullement que ce récit pût, aux mains du petit bourgeois contre-révolutionnaire, être utilisé de manière particulièrement ignoble comme une arme contre le parti ; pas une fois, il ne m'est venu à l'esprit que je pouvais écrire une calomnie délibérée. Il m'apparaît maintenant que je me suis permis de très graves erreurs, dont je n'étais pas conscient lors de l'écriture de ce texte ; aujourd'hui je sais que nombre de choses écrites dans mon récit sont des inventions calomnieuses...Boris Pilniak, Moscou, 25 novembre 1926

